Rewilding Patagonia : 10 actions pour réconcilier l’humain et la nature
Le film Rewilding Patagonia nous plonge au cœur du travail remarquable des fondations Rewilding Chile et Rewilding Argentina, qui ne se contentent pas seulement de protéger des espaces naturels, mais qui démontrent également qu’il est possible de réconcilier protection de la biodiversité et développement des communautés humaines. En partant d’un postulat simple : il n’y a pas de conservation durable sans populations locales.
Les fondations ont donc développé des stratégies pour que la nature sauvage devienne une fierté collective et une opportunité économique pour les habitants. Chaque action est pensée pour transformer le regard des communautés sur leur environnement. L’objectif étant de faire en sorte que les habitants ne se sentent plus spectateurs, mais gardiens actifs et bénéficiaires de leur patrimoine naturel.
Nous avons listé 10 actions concrètes qui font de ces expérience un modèle inspirant pour repenser notre rapport à la nature.

1- L’inspirante tradition présidentielle au Chili
Depuis 1926, le Chili cultive une tradition politique où chaque président crée au moins un parc national durant son mandat. La fondation Rewilding Chile s’appuie stratégiquement sur ce concept de « legs présidentiel » pour convaincre les gouvernements successifs de transformer des terres privées en biens publics. Cette approche permet d’élever la conservation au rang de politique d’État durable, intégrant la nature dans l’identité nationale. En France, nos présidents ont surtout créé des musées, mais nous pourrions également faire des parcs Nationaux ?

2- L’organisation d’ateliers pédagogiques communautaires
Le programme Amigos de los Parques organise des ateliers sur le terrain pour apprendre aux communautés avoisinantes à observer et à mieux comprendre leurs écosystèmes naturels. Ces ateliers s’appuient sur des thématiques variées comme les champignons, les arbres, les animaux, les relevés de pièges photographiques, etc. Ces expériences visent à transformer le regard des citoyens pour qu’ils ressentent une fierté et un sentiment d’appartenance envers leur écosystème. Kristine Tompkins explique que cette inclusion est vitale car « il n’y a pas de conservation s’il n’y a pas de communautés à côté ».

3- Les émissions de radio comme outil de lien social
Dans des régions isolées, de nombreux habitants n’utilisent pas les réseaux sociaux pour s’informer. Dans ces cas-là, l’utilisation des radios locales est un excellent outil pour transmettre des informations grâce à des émissions régulières. Ces programmes traitent de thèmes variés comme la faune, le tourisme durable et l’archéologie pour lever les doutes et les craintes de la population. L’objectif est d’informer la communauté sur les actions menées, en lui montrant que la nature sauvage est une opportunité économique et culturelle majeure.

4- Inviter la communauté lors des libérations d’animaux sauvages
La fondation invite la communauté (citoyens, scolaires, amis) à assister physiquement à des événements marquants comme la libération d’animaux à l’état sauvage. En participant directement, les citoyens passent d’observateurs à des contributeurs actifs qui se sentent beaucoup plus proches de la faune protégée. Ils ont ainsi la sensation d’avoir contribué à la vie du parc national, et pourront mieux le protéger.

5- L’édition de livres pour ancrer les parcs nationaux dans la culture locale
Le lancement de livres sur les parcs est organisé comme un événement communautaire pour ancrer ces territoires dans l’histoire locale. Ces ouvrages, distribués gratuitement aux habitants, servent d’outils de sensibilisation pour que le parc soit perçu comme un bien commun appartenant au peuple. Tout au long de notre tournage, nous avons retrouvé ces livres chez les habitants, dans les cafés, les hôtels et les restaurants. Cette stratégie crée un mécanisme de défense populaire où les citoyens se mobilisent pour protéger ce qu’ils ont appris à aimer.

6- La formation aux métiers de la nature
Les fondations Rewilding Chile et Rewilding Argentina proposent des formations aux métiers de guide et à l’artisanat pour créer des emplois et offrir des alternatives économiques à l’extraction de ressources. Ces programmes permettent aux anciens éleveurs, chasseurs ou bûcherons de se reconvertir dans une économie de la nature plus respectueuse et plus vertueuse sur le long terme. Le but est de créer un modèle « gagnant-gagnant » où la protection de l’écosystème génère des emplois locaux qualifiés.

7- L’utilisation des données de terrain pour lutter contre les idées reçues
L’équipe de Rewilding Argentina utilise des colliers GPS pour étudier les pumas et prouver par les faits qu’ils ne nuisent pas (ou très peu) à l’élevage. En montrant que 80% de leur régime alimentaire est composé de guanacos et seulement 1 à 3% de moutons, les données déconstruisent les idées reçues des agriculteurs. Ce travail permet de changer la perception du prédateur, perçu désormais comme un atout pour le tourisme. En effet, il est rentable pour un éleveur d’ouvrir une chambre d’hôte à des touristes désireux d’observer les pumas.

8- La création d’un itinéraire touristique : la Ruta de los Parques
Inspirée par le modèle de la Nouvelle-Zélande, cette initiative lie la conservation à grande échelle au développement économique. Elle propose un itinéraire touristique qui met en valeur un tiers du Chili comme une « ligne verte » pour la planète. Cette stratégie transforme les parcs en moteurs de croissance durable pour les communautés. Les parcs nationaux sont ainsi perçus comme un investissement, et non pas comme une dépense.

9- L’intégration auprès des instances locales
Douglas Tompkins s’impliquait personnellement dans la vie sociale en devenant, par exemple, vice-président des conseils de quartier. Cette présence sur le terrain lui permettait de comprendre les enjeux réels des habitants et de construire des projets en accord avec leurs besoins. Ainsi, les communautés locales deviennent les gardiens des parcs sur le long terme.
10- Sensibiliser les enfants pour toucher leurs parents
Nous avons observé tout au long de notre tournage, les nombreuses actions mises en place pour connecter les enfants avec les ecosystèmes naturels. Le programme le plus parlant est sans doute « Club del Mar » à Patagonia Azul, qui consiste à apprendre aux enfants à nager afin de les connecter à l’océan. A travers ces activités, c’est également l’occasion de leur apprendre des notions sur l’environnement et les espèces qui les entourent. Et lorsqu’ils rentrent chez eux, les enfants apprennent à leurs parents ce qu’ils ont appris, entrainant ainsi l’intérêt et la sympathie des parents pour les programmes mis en place !
Pour (re)voir Rewilding Patagonia, c’est par ici.
